Jean-Gabriel Ganascia, LIP6.
Séminaire CHM du LIMSI
18-1-2000
Génies, esprits, lutins,
drals, folletons, gobelins, korrigans,
ils sont de retour ! Ce sont les agents intelligents, les démons de nos
interfaces, les logiciels d'interaction. Oh, il faut le concéder, leurs
noms et leurs attributs ont quelque peu changé : on les appelle
désormais animats, softbots, knowbots, taskbots etc. Mais, en dépit de
ces différences mineures, leurs fonctions sont les mêmes que celles des
génies familiers des anciens : parfois, ils nous trompent, d'autres fois
ils se mettent à notre service, dans tous les cas ils inspirent nos
actions ; ce sont des intercesseurs, des intermédiaires, des messagers,
comme en témoigne l'étymologie latine ("angelus") et grecque
("aggelos") de l'ange. L'Odyssée d'Homère, ce fut le voyage de retour
d'Ulysse vers la mère patrie ; l'odyssée de l'esprit que je présente
aujourd'hui, c'est le voyage de retour de notre esprit vers le monde
habité des animismes anciens, après que le positivisme et le scientisme
du XIXème et du XXème siècle
eurent éradiqué les choses de toute présence.
Nous montrerons, en nous appuyant sur des travaux de sciences
cognitives, en particulier sur les travaux de
Don Norman, et à l'aide
des concepts empruntés à l'approche écologique
de la perception, que la
notion d'agent (ou d'ange) répond à une nécessité
cognitive. La fonction
et la constitution de ces entités intermédiaires
doivent faire l'objet
de sciences et d'approches rigoureuses. Il existe deux sciences
cognitives, l'une tout entière consacrée à
l'élucidation des mécanismes
physiologiques de la cognition, l'autre qui cerne nos capacités et nos
modes d'appropriation de la réalité. Nous ferons la part de cette
deuxième approche, car c'est elle seule qui se trouve à
même d'aborder
ces réalités singulières, qui prennent
une part de plus en plus grande
dans le monde actuel, et nous montrerons comment la conception
d'interfaces homme-machine en bénéficie grandement.